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Le Quotidien d'Oran, mercredi 16 avril 2008
Akram Belkaïd, Paris
La crise financière que connaît la planète, et que nombre de spécialistes présentent comme la plus grave depuis celle de 1929, va-t-elle empirer ? Pour les optimistes, les mesures mises en place aux Etats-Unis pour soutenir le crédit bancaire et la consommation ont permis, pour le moment, d’éviter la catastrophe. De même, la prise de conscience des autorités monétaires européennes et asiatiques de la nécessité de ne pas laisser s’installer le doute sur les marchés financiers est considérée comme une garantie qui empêcherait le scénario noir de se dérouler, c'est-à-dire une large contamination de l’économie réelle par une sphère financière en pleine déroute. Pour autant, de nombreuses experts cherchent actuellement à identifier les points faibles où la digue pourrait rompre. A ce jour, trois zones sont citées de manière fréquente.
Il y a d’abord les pays d’Amérique latine dont on craint toujours un dérapage et cela parce que le souvenir de la crise de la dette des années 1980 reste vivace. Dans ce cas précis, l’inquiétude relève donc plutôt du réflexe pavlovien et les performances économiques de cette région sont pour le moment rassurantes. La seconde zone suivie de près est l’Europe de l’Est, notamment la Hongrie mais aussi les pays baltes. Dans ce cas précis, ce sont les banques qui font l’objet de toutes les interrogations car elles se sont souvent endettées en devises étrangères pour soutenir l’activité locale dont l’immobilier. Un défaut de l’un de ces établissements pourrait propager la panique dans tout le système financier mondial et c’est pourquoi le Fonds monétaire international (FMI) appelle ces banques à assainir leurs bilans.
Mais, troisième source d’inquiétude, c’est avant tout l’Islande qui représenterait le vrai risque pour la stabilité du système financier mondial. Il est vrai que la situation économique de ce pays peu médiatisé n’est pas vraiment faite pour rassurer. Il y a une semaine, la Sedlabanki, la Banque centrale islandaise, a encore relevé son taux directeur d’un demi-point pour le porter à 15,5%. Il y a un mois, l’institution financière avait déjà procédé à un relèvement du loyer de l’argent en augmentant ses taux de 1,25 point à 15%. Aujourd’hui, l’Islande est donc le pays européen où les taux sont les plus élevés loin devant la Hongrie (8%) ou la Pologne (5,5%) et même la Turquie (15,25%). Pour la Sedlabanki, ces hausses de taux sont destinées à lutter contre l’inflation mais aussi et surtout à « restaurer la confiance ».
Comme c’est souvent le cas, cette situation coïncide avec une fin de cycle. Durant ces dernières années, l’économie islandaise a été l’une des plus flamboyantes d’Europe avec un taux de croissance moyen de 4% (7,7% en 2004). Ce boom a d’abord provoqué une surchauffe avec une hausse de l’inflation qui a atteint 5,7% en 2007 (8,7% en mars). On est ainsi loin de l’objectif officiel de 2,5% et la hausse du coût de la vie est d’autant plus importante que l’Islande est un grand importateur de biens de consommation courante. Mais jusque-là, pourrait-on dire, on ne voit guère pourquoi l’Islande serait le maillon faible de l’économie mondiale. Le problème, c’est que cette économie dépend en grande partie des performances de son secteur financier.
Chose peu connue, les banques islandaises sont en effet très dynamiques et portent l’économie locale. Très actives sur le plan international, elles représentent en terme de capitalisation, les deux tiers de la Bourse de Reykjavik. Or, depuis plusieurs mois, ces établissements donnent de sérieux signes d’essoufflement tandis que l’économie islandaise semble être entrée en récession. Du coup, les investisseurs internationaux ont de moins en moins confiance comme le montre la perte de 25% de la couronne islandaise face à l’euro depuis janvier dernier. Si le mouvement de défiance se poursuit, cela signifie que ces mêmes investisseurs continueront de retirer leurs avoirs d’Islande ce qui déclencherait, par effet de dominos, une aggravation de la crise financière internationale. En effet, les banques islandaises, en mal de liquidités, auraient du mal à faire face à leurs engagements ce qui mettrait leurs vis-à-vis en difficulté et par ricochet l’ensemble du secteur financier international.
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L'essentiel des chroniques économiques publiées par le journaliste Akram Belkaïd, dans le Quotidien d'Oran (2008-...)
Affichage des articles dont le libellé est crise financière 2008. Afficher tous les articles
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mercredi
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10. Economie mondiale : toujours des doutes et des craintes
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Le Quotidien d'Oran, mercredi 19 mars 2008
Akram Belkaïd, Paris
Sommes-nous à la veille d’une crise financière et économique comparable en ampleur et dégâts potentiels à celle de 1929 ? Il ne se passe pas une semaine sans que cette question soit posée par la presse, les économistes ou les politiciens. Il faut dire que la liste des mauvaises nouvelles ne cesse de s’allonger. Il y a d’abord l’économie américaine qui est très vraisemblablement entrée en récession comme l’indiquent plusieurs statistiques récentes. Le consommateur étasunien dépense moins, voit ses avoirs immobiliers perdre de leur valeur et se demande comment il va rembourser ses multiples crédits. Dans le même temps, les entreprises rechignent à investir ce qui n’est jamais bon signe pour l’avenir. Et l’on prétendra ce que l’on voudra, quand l’économie américaine éternue, c’est tôt ou tard, le monde entier, pays émergents compris, qui s’enrhumera.
Chute du dollar et interrogations sur les subprimes
Le second problème majeur est la chute continue du dollar. Conséquence de la faiblesse de l’économie américaine, la chute du billet vert atteint désormais 35% par rapport à l’euro depuis 2005. Ce repli, qui désormais inquiète la Maison-Blanche, est une menace réelle pour la stabilité du système financier international. En effet, si jamais cette glissade se poursuit, les détenteurs d’actifs libellés en dollars pourraient être tentés de céder leurs avoirs pour limiter leurs pertes. Un désengagement qui provoquera immanquablement une nouvelle chute de la devise américaine avec ce que cela signifie comme faillites en cascades aux Etats-Unis mais aussi dans tous les pays membres des zones dollars (Amérique latine, Proche-Orient et Golfe,…).
Le troisième nuage qui plane sur l’économie mondiale est bien entendu la crise des « subprimes ». La question à ce sujet est simple : quel est le montant exact des pertes des banques ? Il y a deux mois encore, on évoquait le chiffre, déjà impressionnant de 400 milliards de dollars. Aujourd’hui, il semble que cette estimation était sous-évaluée même si personne n’est capable d’avancer un chiffre définitif. Une chose est certaine, les banques n’ont pas tout dit et nombreuses sont celles qui risquent d’appeler les Banques centrales et leurs concurrentes à la rescousse. Il est vraisemblable aussi que chaque semaine apporte son lot de mauvaises découvertes y compris au sein des établissements en pointe en matière de gestion de risque.
La titrisation en question
Il faut dire que la finance mondiale a atteint un tel degré de sophistication qu’avoir une idée claire des engagements risqués d’une banque est quasiment impossible. Des techniques comme celle de la titrisation ont accentué le caractère abstrait de certains produits financiers et cela aggrave la tâche des banques mais aussi des autorités de régulation. Prenez par exemple un crédit à la consommation consenti par une banque à un ménage. Cette créance est ensuite titrisée, c'est-à-dire « découpée » en plusieurs titres échangés sur le marché financier. Problème, quand le crédit n’est pas remboursé, ces titres ne valent plus rien. C’est, pour simplifier, ce qui s’est passé pour les crédits immobiliers risqués (« subprime »).
Et l’on se demande aujourd’hui si, outre les prêts immobiliers, ce n’est pas tout le secteur de la titrisation qui est touché. Conscients de son impact dynamique sur les marchés financiers et donc sur l’économie américaine, le président de la Réserve fédérale Alan Greenspan a toujours refusé que la titrisation soit plus sévèrement encadrée. La finance globale et peut-être l’économie mondiale en paient aujourd’hui le prix.
Car si le secteur de la titrisation plonge, alors, il ne faudra pas se voiler la réalité. Cela signifie que la planète connaîtra une crise majeure, la plus grave depuis 1929. Des faillites bancaires ne seront pas à exclure et il est vraisemblable que des Etats auront à nationaliser certains établissements. En Algérie, cette perspective doit donc être sérieusement prise en considération et l’on doit se demander s’il est vraiment opportun de privatiser le Crédit populaire d’Algérie en pareil contexte.
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Le Quotidien d'Oran, mercredi 19 mars 2008
Akram Belkaïd, Paris
Sommes-nous à la veille d’une crise financière et économique comparable en ampleur et dégâts potentiels à celle de 1929 ? Il ne se passe pas une semaine sans que cette question soit posée par la presse, les économistes ou les politiciens. Il faut dire que la liste des mauvaises nouvelles ne cesse de s’allonger. Il y a d’abord l’économie américaine qui est très vraisemblablement entrée en récession comme l’indiquent plusieurs statistiques récentes. Le consommateur étasunien dépense moins, voit ses avoirs immobiliers perdre de leur valeur et se demande comment il va rembourser ses multiples crédits. Dans le même temps, les entreprises rechignent à investir ce qui n’est jamais bon signe pour l’avenir. Et l’on prétendra ce que l’on voudra, quand l’économie américaine éternue, c’est tôt ou tard, le monde entier, pays émergents compris, qui s’enrhumera.
Chute du dollar et interrogations sur les subprimes
Le second problème majeur est la chute continue du dollar. Conséquence de la faiblesse de l’économie américaine, la chute du billet vert atteint désormais 35% par rapport à l’euro depuis 2005. Ce repli, qui désormais inquiète la Maison-Blanche, est une menace réelle pour la stabilité du système financier international. En effet, si jamais cette glissade se poursuit, les détenteurs d’actifs libellés en dollars pourraient être tentés de céder leurs avoirs pour limiter leurs pertes. Un désengagement qui provoquera immanquablement une nouvelle chute de la devise américaine avec ce que cela signifie comme faillites en cascades aux Etats-Unis mais aussi dans tous les pays membres des zones dollars (Amérique latine, Proche-Orient et Golfe,…).
Le troisième nuage qui plane sur l’économie mondiale est bien entendu la crise des « subprimes ». La question à ce sujet est simple : quel est le montant exact des pertes des banques ? Il y a deux mois encore, on évoquait le chiffre, déjà impressionnant de 400 milliards de dollars. Aujourd’hui, il semble que cette estimation était sous-évaluée même si personne n’est capable d’avancer un chiffre définitif. Une chose est certaine, les banques n’ont pas tout dit et nombreuses sont celles qui risquent d’appeler les Banques centrales et leurs concurrentes à la rescousse. Il est vraisemblable aussi que chaque semaine apporte son lot de mauvaises découvertes y compris au sein des établissements en pointe en matière de gestion de risque.
La titrisation en question
Il faut dire que la finance mondiale a atteint un tel degré de sophistication qu’avoir une idée claire des engagements risqués d’une banque est quasiment impossible. Des techniques comme celle de la titrisation ont accentué le caractère abstrait de certains produits financiers et cela aggrave la tâche des banques mais aussi des autorités de régulation. Prenez par exemple un crédit à la consommation consenti par une banque à un ménage. Cette créance est ensuite titrisée, c'est-à-dire « découpée » en plusieurs titres échangés sur le marché financier. Problème, quand le crédit n’est pas remboursé, ces titres ne valent plus rien. C’est, pour simplifier, ce qui s’est passé pour les crédits immobiliers risqués (« subprime »).
Et l’on se demande aujourd’hui si, outre les prêts immobiliers, ce n’est pas tout le secteur de la titrisation qui est touché. Conscients de son impact dynamique sur les marchés financiers et donc sur l’économie américaine, le président de la Réserve fédérale Alan Greenspan a toujours refusé que la titrisation soit plus sévèrement encadrée. La finance globale et peut-être l’économie mondiale en paient aujourd’hui le prix.
Car si le secteur de la titrisation plonge, alors, il ne faudra pas se voiler la réalité. Cela signifie que la planète connaîtra une crise majeure, la plus grave depuis 1929. Des faillites bancaires ne seront pas à exclure et il est vraisemblable que des Etats auront à nationaliser certains établissements. En Algérie, cette perspective doit donc être sérieusement prise en considération et l’on doit se demander s’il est vraiment opportun de privatiser le Crédit populaire d’Algérie en pareil contexte.
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mercredi
05. Le marché devant, les institutions internationales loin derrière
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Le Quotidien d'Oran, mercredi 13 février 2008
Akram Belkaïd, Paris
Les crises financières se suivent et, finalement, se ressemblent en cela qu'elles sont toujours suivies par les mêmes promesses d'ivrognes. Prenez la récente réunion du G7. Comme il fallait s'y attendre, les grands de ce monde (cette notion étant de plus en plus discutable car des pays comme la Chine, l'Inde ou le Brésil auraient aussi leur place dans ce club fermé) nous ont encore gratifiés de déclarations lénifiantes sur la nécessité de mettre en place des mécanismes préventifs pour la détection des crises. Reprenez les communiqués qui avaient suivi l'explosion de la bulle internet ou, plus loin encore, ceux qui avaient été émis après la bourrasque asiatique de 1997, et vous trouverez les mêmes mots, les mêmes formules volontaristes. Et puisque l'on parle de la crise asiatique, qui se souvient de la création, à l'époque, du Forum de stabilité financière, un « machin » qui regroupe des banquiers centraux et dont on entend parler de temps à autre ? Et c'est ce Forum que le G7 vient de ressortir en l'engageant à travailler « de manière plus rapprochée » avec le Fonds monétaire international (FMI) afin d'identifier « les vulnérabilités » du système financier et « d'améliorer les mécanismes d'alerte précoce. » Et patati, et patata...
Personne ne contestera que ni le Forum de stabilité financière et encore moins le FMI n'ont vu venir la crise du crédit hypothécaire américain. Le premier peut se prévaloir de quelques excuses dont celle qui consiste à déplorer son manque de moyens financiers. L'affaire est un peu plus compliquée pour le Fonds monétaire dont le directeur général, Dominique Strauss-Kahn, affirme que cette institution a bel et bien vu venir la crise des « subprime » mais qu'elle n'a peut-être pas été suffisamment audible. C'est peut-être vrai car, concernant le FMI, il n'est pas idiot de se demander si quelqu'un l'écoute encore. En mal de pays débiteurs, discrédité par la crise asiatique et incapable de se réformer, le FMI a perdu de son aura et cela entame sa crédibilité vis-à-vis des marchés financiers.
En réalité, il faudrait appeler un chat un chat et convenir que les institutions internationales comme les gouvernements ont perdu l'ascendant sur ce qu'elles ont contribué à créer. En un mot, le politique comme les autorités de supervision sont à la traîne derrière un marché débridé qui, hier encore avait déjà une longueur d'avance mais qui aujourd'hui en a trois ou quatre. Malgré leurs beaux discours, les fonctionnaires du FMI comme les membres du Forum de stabilité financière, voire comme les banquiers centraux, en sont réduits à attendre que cela se passe pour réagir. Et après la crise, il leur est toujours facile d'édicter quelques lois, lesquelles seront de toutes les façons inefficaces puisqu'elles ne remettront pas en cause la sacro-sainte dérégulation des marchés.
Ce qui se passe actuellement dans le secteur bancaire illustre bien le manque d'ascendant des institutions internationales sur le marché. Quand le G7 fait mine de s'énerver en exigeant des banques qu'elles publient toutes leurs pertes dues aux « subprime », on réalise soudain que quelque chose va mal car, naïvement, on pourrait penser que les règles comptables et prudentielles commandent à tout établissement bancaire de publier ses comptes sans attendre les supplications du G7. Le fait même que l'on ne sache pas si le total de ces pertes, pour l'industrie bancaire, est de 120 milliards de dollars ou de 400 milliards de dollars, montre bien à quel point le système est dévoyé.
En attendant, pour reprendre les propos de Mario Draghi, le gouverneur de la Banque d'Italie et le président du Forum de stabilité financière, les quinze prochains jours vont être cruciaux puisque c'est durant ce laps de temps que de nombreuses banques vont publier leurs comptes certifiés pour l'année 2007. Et dans cette affaire, qu'il s'agisse de la Société Générale, d'UBS ou d'autres, le pire est bien possible...
Le Quotidien d'Oran, mercredi 13 février 2008
Akram Belkaïd, Paris
Les crises financières se suivent et, finalement, se ressemblent en cela qu'elles sont toujours suivies par les mêmes promesses d'ivrognes. Prenez la récente réunion du G7. Comme il fallait s'y attendre, les grands de ce monde (cette notion étant de plus en plus discutable car des pays comme la Chine, l'Inde ou le Brésil auraient aussi leur place dans ce club fermé) nous ont encore gratifiés de déclarations lénifiantes sur la nécessité de mettre en place des mécanismes préventifs pour la détection des crises. Reprenez les communiqués qui avaient suivi l'explosion de la bulle internet ou, plus loin encore, ceux qui avaient été émis après la bourrasque asiatique de 1997, et vous trouverez les mêmes mots, les mêmes formules volontaristes. Et puisque l'on parle de la crise asiatique, qui se souvient de la création, à l'époque, du Forum de stabilité financière, un « machin » qui regroupe des banquiers centraux et dont on entend parler de temps à autre ? Et c'est ce Forum que le G7 vient de ressortir en l'engageant à travailler « de manière plus rapprochée » avec le Fonds monétaire international (FMI) afin d'identifier « les vulnérabilités » du système financier et « d'améliorer les mécanismes d'alerte précoce. » Et patati, et patata...
Personne ne contestera que ni le Forum de stabilité financière et encore moins le FMI n'ont vu venir la crise du crédit hypothécaire américain. Le premier peut se prévaloir de quelques excuses dont celle qui consiste à déplorer son manque de moyens financiers. L'affaire est un peu plus compliquée pour le Fonds monétaire dont le directeur général, Dominique Strauss-Kahn, affirme que cette institution a bel et bien vu venir la crise des « subprime » mais qu'elle n'a peut-être pas été suffisamment audible. C'est peut-être vrai car, concernant le FMI, il n'est pas idiot de se demander si quelqu'un l'écoute encore. En mal de pays débiteurs, discrédité par la crise asiatique et incapable de se réformer, le FMI a perdu de son aura et cela entame sa crédibilité vis-à-vis des marchés financiers.
En réalité, il faudrait appeler un chat un chat et convenir que les institutions internationales comme les gouvernements ont perdu l'ascendant sur ce qu'elles ont contribué à créer. En un mot, le politique comme les autorités de supervision sont à la traîne derrière un marché débridé qui, hier encore avait déjà une longueur d'avance mais qui aujourd'hui en a trois ou quatre. Malgré leurs beaux discours, les fonctionnaires du FMI comme les membres du Forum de stabilité financière, voire comme les banquiers centraux, en sont réduits à attendre que cela se passe pour réagir. Et après la crise, il leur est toujours facile d'édicter quelques lois, lesquelles seront de toutes les façons inefficaces puisqu'elles ne remettront pas en cause la sacro-sainte dérégulation des marchés.
Ce qui se passe actuellement dans le secteur bancaire illustre bien le manque d'ascendant des institutions internationales sur le marché. Quand le G7 fait mine de s'énerver en exigeant des banques qu'elles publient toutes leurs pertes dues aux « subprime », on réalise soudain que quelque chose va mal car, naïvement, on pourrait penser que les règles comptables et prudentielles commandent à tout établissement bancaire de publier ses comptes sans attendre les supplications du G7. Le fait même que l'on ne sache pas si le total de ces pertes, pour l'industrie bancaire, est de 120 milliards de dollars ou de 400 milliards de dollars, montre bien à quel point le système est dévoyé.
En attendant, pour reprendre les propos de Mario Draghi, le gouverneur de la Banque d'Italie et le président du Forum de stabilité financière, les quinze prochains jours vont être cruciaux puisque c'est durant ce laps de temps que de nombreuses banques vont publier leurs comptes certifiés pour l'année 2007. Et dans cette affaire, qu'il s'agisse de la Société Générale, d'UBS ou d'autres, le pire est bien possible...
mardi
02. L’avidité et les bêtises de la main invisible
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Le Quotidien d'Oran, Mercredi 23 janvier 2008
Akram Belkaïd, Paris
S’il est encore trop tôt pour tirer les leçons de la récente tempête qui vient d’ébranler les Bourses mondiales, on peut d’ores et déjà se pencher sur l’un des ses aspects et en tirer une conclusion qui devrait faire réfléchir tous ceux qui ne jurent que par le marché et sa prétendue science infaillible. Que s’est-il passé pour que la panique s’empare des opérateurs et les pousse à vendre à tout va ? On le sait, à l’origine de cette pagaille, il y a la fameuse crise des « subprime » aux Etats-Unis, ces prêts immobiliers risqués, qui plombent désormais le bilan de nombreuses banques et qui n’ont pas fini de faire parler d’eux. On remarquera pourtant que cette crise dure depuis juin dernier et que personne n’ignorait que les établissements financiers sont les plus exposés. En fait, comme pour toute explosion, il a fallu une étincelle et c’est George W. Bush qui l’a provoquée.
Il ne s’agit pas d’accabler une nouvelle fois le président américain mais de noter que c’est après qu’il eut annoncé un plan de relance fiscale de 150 milliards de dollars que les Bourses américaines ont commencé à dévisser entraînant dans leur chute les autres places de la planète. Pourtant, l’intention de Bush était louable puisqu’il s’agissait de redonner confiance aux Américains en leur proposant des rabais fiscaux destinés à les encourager à consommer et donc à empêcher que l’économie de leur pays, qui dépend aux deux tiers de la consommation, n’entre en récession.
La question est donc de savoir pourquoi Wall Street n’a pas apprécié le plan Bush au point de déclencher un mini-krach mondial. La réponse est simple : les opérateurs n’attendaient pas un plan de relance fiscal destiné à sauver l’économie réelle. Ils espéraient plutôt, pour ne pas dire qu’ils exigeaient, des mesures de sauvetage pour la sphère financière. En un mot, le marché attendait de la présidence américaine qu’elle épongeât ses errements. Si Bush avait annoncé le déblocage de 150 milliards de dollars pour renflouer les établissements mis à mal par la crise des « subprime », il y a fort à parier que tous les indices boursiers auraient battu des records à la hausse.
Dès lors, deux conclusions s’imposent. La première est d’ordre général et c’est plutôt un rappel. Qu’on le veuille ou non, c’est bel et bien l’appât du gain qui guide le marché et cela quel qu’en soit le prix final. Comme pour les scandales précédents (Enron, Worldcom, LTCM, Barrings,…), les langues vont bien finir par se délier et on réalisera alors à quel point l’âpreté l’a disputé à l’imprudence dans cette affaire où des centaines de banques et des milliers de fonds ont bâti des châteaux de carte à partir de produits financiers risqués puisque adossés à des créances quasiment insolvables. « Greed », est d’ailleurs le mot qui revient le plus souvent dans les commentaires d’experts. Il signifie avidité et il résume bien ce qui a caractérisé les marchés dans cette affaire des « subprime ».
La deuxième conclusion découle de ce qui précède. Disons-le et répétons-le, la fameuse « main invisible » qui agirait pour donner au marché toute sa rationalité n’est qu’une fumisterie à laquelle, de toutes les façons, seuls quelques ultra-libéraux continuent de croire cela sans oublier une kyrielle d’experts du Sud qui pensent être crédibles en ânonnant que le marché peut tout et qu’il a toujours raison. D’abord, le marché s’est trompé en se fourvoyant à propos de crédits vérolés et, de plus, il a été incapable de détecter à temps leur dangerosité. Mieux, ou pire, il a espéré jusqu’au bout l’intervention directe de l’Etat américain pour qu’il efface son ardoise. En un mot, quand les choses vont mal, il n’y a pas de « main invisible » qui tienne et les opérateurs des marchés s’en remettent toujours à l’intervention publique. C’est une leçon à méditer alors que l’on continue ici et là à promouvoir le dogme du moins d’Etat.
Le Quotidien d'Oran, Mercredi 23 janvier 2008
Akram Belkaïd, Paris
S’il est encore trop tôt pour tirer les leçons de la récente tempête qui vient d’ébranler les Bourses mondiales, on peut d’ores et déjà se pencher sur l’un des ses aspects et en tirer une conclusion qui devrait faire réfléchir tous ceux qui ne jurent que par le marché et sa prétendue science infaillible. Que s’est-il passé pour que la panique s’empare des opérateurs et les pousse à vendre à tout va ? On le sait, à l’origine de cette pagaille, il y a la fameuse crise des « subprime » aux Etats-Unis, ces prêts immobiliers risqués, qui plombent désormais le bilan de nombreuses banques et qui n’ont pas fini de faire parler d’eux. On remarquera pourtant que cette crise dure depuis juin dernier et que personne n’ignorait que les établissements financiers sont les plus exposés. En fait, comme pour toute explosion, il a fallu une étincelle et c’est George W. Bush qui l’a provoquée.
Il ne s’agit pas d’accabler une nouvelle fois le président américain mais de noter que c’est après qu’il eut annoncé un plan de relance fiscale de 150 milliards de dollars que les Bourses américaines ont commencé à dévisser entraînant dans leur chute les autres places de la planète. Pourtant, l’intention de Bush était louable puisqu’il s’agissait de redonner confiance aux Américains en leur proposant des rabais fiscaux destinés à les encourager à consommer et donc à empêcher que l’économie de leur pays, qui dépend aux deux tiers de la consommation, n’entre en récession.
La question est donc de savoir pourquoi Wall Street n’a pas apprécié le plan Bush au point de déclencher un mini-krach mondial. La réponse est simple : les opérateurs n’attendaient pas un plan de relance fiscal destiné à sauver l’économie réelle. Ils espéraient plutôt, pour ne pas dire qu’ils exigeaient, des mesures de sauvetage pour la sphère financière. En un mot, le marché attendait de la présidence américaine qu’elle épongeât ses errements. Si Bush avait annoncé le déblocage de 150 milliards de dollars pour renflouer les établissements mis à mal par la crise des « subprime », il y a fort à parier que tous les indices boursiers auraient battu des records à la hausse.
Dès lors, deux conclusions s’imposent. La première est d’ordre général et c’est plutôt un rappel. Qu’on le veuille ou non, c’est bel et bien l’appât du gain qui guide le marché et cela quel qu’en soit le prix final. Comme pour les scandales précédents (Enron, Worldcom, LTCM, Barrings,…), les langues vont bien finir par se délier et on réalisera alors à quel point l’âpreté l’a disputé à l’imprudence dans cette affaire où des centaines de banques et des milliers de fonds ont bâti des châteaux de carte à partir de produits financiers risqués puisque adossés à des créances quasiment insolvables. « Greed », est d’ailleurs le mot qui revient le plus souvent dans les commentaires d’experts. Il signifie avidité et il résume bien ce qui a caractérisé les marchés dans cette affaire des « subprime ».
La deuxième conclusion découle de ce qui précède. Disons-le et répétons-le, la fameuse « main invisible » qui agirait pour donner au marché toute sa rationalité n’est qu’une fumisterie à laquelle, de toutes les façons, seuls quelques ultra-libéraux continuent de croire cela sans oublier une kyrielle d’experts du Sud qui pensent être crédibles en ânonnant que le marché peut tout et qu’il a toujours raison. D’abord, le marché s’est trompé en se fourvoyant à propos de crédits vérolés et, de plus, il a été incapable de détecter à temps leur dangerosité. Mieux, ou pire, il a espéré jusqu’au bout l’intervention directe de l’Etat américain pour qu’il efface son ardoise. En un mot, quand les choses vont mal, il n’y a pas de « main invisible » qui tienne et les opérateurs des marchés s’en remettent toujours à l’intervention publique. C’est une leçon à méditer alors que l’on continue ici et là à promouvoir le dogme du moins d’Etat.
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