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Le Quotidien d'Oran, mercredi 30 avril 2008
Akram Belkaïd, Paris
Au cours des dernières années de nombreuses études ont démontré que la mondialisation avait un effet économique positif puisqu’elle a permis de contenir l’inflation ce mal qui hante depuis longtemps les nuits des banquiers centraux. Par quel mécanisme ce bouleversement en matière d’échanges commerciaux et de remodelage de la carte des productions industrielles a-t-il pu jouer un rôle désinflationniste ? Le raisonnement est très simple. Avec la mondialisation, frontières et droits de douane se sont effacés ce qui a permis la circulation de produits d’autant plus bon marché qu’ils étaient fabriqués dans des pays à faibles coûts de main-d’œuvre.
L'exemple par le "made in China"
Le meilleur exemple à citer pour bien comprendre cette évolution est bien entendu le « made in China ». Tous les consommateurs du monde entier, ou presque, ont bénéficié au cours de la dernière décennie des exportations chinoises. Jouets, électronique grand public, textiles, sont autant de secteurs où les prix ont été clairement tirés à la baisse ce qui a permis à la fois de limiter l’inflation mais aussi de démontrer que la mondialisation était bonne pour le pouvoir d’achat.
Cette dernière affirmation valait aussi pour les Chinois dont près de 200 millions – les projections les plus optimistes tablent sur 400 millions – ont été sauvés de la pauvreté extrême grâce justement au rôle pivot joué par leur pays dans la globalisation. En devenant l’atelier du monde, la Chine a donc rendu service à la planète tout en améliorant le sort de sa population. On peut ajouter aussi que c’est le « made in China » qui a soutenu l’économie mondiale car sans lui, il y a bien longtemps que se serait tassée la consommation américaine (cette dernière représente les deux tiers de l’économie des Etats-Unis laquelle est, rappelons, la première du monde). Si les ménages aux Etats-Unis ne rechignent pas à acheter deux ou trois lecteurs de DVD sans compter les multiples gadgets électroniques, c’est bien parce qu’ils sont le plus souvent fabriqués en Chine et vendus pour une poignée de dollars.
Il n’est pas question de remettre en cause ces conclusions mais il est temps de les relativiser car l’impact positif de la mondialisation sur le pouvoir d’achat a masqué d’autres phénomènes bien plus inquiétants. On connaît le premier : la mondialisation a certes offert des prix bas aux consommateurs mais elle a aussi détruit des emplois ce qui revient in fine à faire disparaître des consommateurs. Aux Etats-Unis, au moins cinq millions d’emplois ont été détruits depuis la fin des années 1990 en raison de la mise en place d’un accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique (Alena) mais aussi de l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Certes, une partie de ces emplois ont été remplacés mais les Américains y ont perdu au change puisque les postes détruits étaient le plus souvent bien mieux rémunérés. Et c’est là où intervient la seconde réserve majeure vis-à-vis de la mondialisation. Outre le fait qu’elle détruit des emplois dans de nombreux pays – notamment industrialisés – elle a comme conséquence de tirer les salaires vers le bas. En somme, le consommateur a peut-être la possibilité d’acheter des produits bon marché mais, dans le même temps, son porte-monnaie est moins garni.
Là aussi, on peut objecter que les salaires n’évoluent pas de la même manière selon que l’on soit dans un pays industrialisés ou dans un pays émergent. Il est vrai qu’ils ont tendance à augmenter en Chine mais, soyons clair, ils n’atteindront jamais l’équivalent des minima salariaux des pays riches. A l’inverse, le chantage à la délocalisation est désormais une réalité et cela explique pourquoi les salaires au sein de l’OCDE n’augmentent guère.
L'Algérie en marge de la mondialisation
Quant à l’Algérie, son cas est à part car elle est, quoique prétende la vulgate officielle, en marge de la mondialisation. Avec des recettes exclusivement tirées de la rente pétrolière et gazière, le pays ne subit aucune menace de délocalisation et les pays émergents ne sont guère des compétiteurs pour lui. Cela signifie que la réflexion autour de la redistribution de la manne des hydrocarbures restera toujours posée tant que le modèle économique algérien n’aura pas été remanié. Pour être clair, il est légitime pour la population algérienne de réclamer plus de pouvoir d’achat puisque ce n’est pas cela qui modifiera de manière notable la manière dont fonctionne l’économie.
L'essentiel des chroniques économiques publiées par le journaliste Akram Belkaïd, dans le Quotidien d'Oran (2008-...)
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08. Unilever, acteur et révélateur de la mondialisation.
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Le Quotidien d'Oran, mercredi 05 mars 2008
Akram Belkaïd, Paris
La vie interne et la transformation continue des multinationales sont, sans conteste, une large source d’enseignements et peuvent même s’avérer bien plus instructives que nombre d’analyses géopolitiques. C’est le cas par exemple d’Unilever, ce géant de l’agroalimentaire et des produits de grande consommation dont chaque mouvement sur l’échiquier global ne passe jamais inaperçu. Il y a quelques jours, cette firme, présente sur les cinq continents, a annoncé que son conseil de direction ne comporterait plus de membre de nationalité britannique ou néerlandaise. L’annonce n’a rien d’anodin car c’est bien une page qui se tourne dans l’histoire de ce groupe dont les origines et la matrice sont anglo-hollandaise. En effet, c’est en 1930 que la société anglaise Lever – qui fabriquait alors des savons et des produits d’entretien – a fusionné avec Unie, qui, de son côté, fabriquait de la margarine aux Pays-Bas.
Internationalisation des dirigeants
Le fait qu’Unilever ne comptera plus parmi ses hauts dirigeants de membres ayant l’une de ses deux nationalités « originelles » confirme que les grandes multinationales deviennent peu à peu des transnationales, passant au-dessus des Etats et des drapeaux, et étant même capables – cela arrivera bien un jour - de s’acheter une terre pour en faire leur propre « pays ». Mais il n’y a pas que cette question de l’aspect hors-nationalité des grandes sociétés. Ce qu’il y a d’intéressant dans le cas Unilever, c’est que le nouveau conseil de direction comportera 7 membres, dont un français, trois américains et, surtout, deux indiens et un zimbabwéen. Voilà, représentée de manière concrète, une autre réalité de la mondialisation. Jusqu’à présent, on parlait beaucoup des cadres supérieurs qui passaient d’un continent à l’autre. Aujourd’hui, ceux sont les directions des grands groupes qui deviennent internationales. Il y a vingt ans, qui aurait pu prédire que l’un des patrons d’Unilever serait de nationalité indienne ? Et ce n’est qu’un début en attendant que Chinois, Vietnamiens ou Egyptiens ne rejoignent le cercle fermé des grands dirigeants d’entreprises globalisées.
Ces dernières sont-elles pour autant multiculturelles ? Le débat n’est pas tranché. Ce qui lie des Français, des Américains, des Indiens et un Zimbabwéen à la tête d’une grande entreprise comme Unilever, c’est avant tout le partage des mêmes conceptions de l’économie de marché et de la nécessité de rémunérer comme il se doit les actionnaires. Bref, la vision libérale de l’économie est le premier ciment qui peut unir ces hommes. Pour autant, même s’il a été éduqué dans les plus grandes écoles occidentales, un haut cadre indien n’aura jamais une vision exactement identique à celle de son homologue américain ou français. Du coup, la manière dont ces multinationales font cohabiter ces nationalités est donc à elle seule un vaste sujet d’étude dont la partie visible est le développement fulgurant des activités de conseil en environnement multiculturel.
Cap sur les pays émergents
L’autre annonce d’Unilever qui mérite d’être signalée, concerne sa décision de créer une grande division incluant non seulement l’Asie et l’Afrique mais aussi l’Europe de l’Est qui, jusque-là, était rattachée à la division d’Europe de l’Ouest. Cette réorganisation témoigne de la volonté d’Unilever d’axer ses efforts sur les pays émergents, là où les niveaux de consommation restent bien en deçà de ce qui existe dans les pays développés. Unilever n’est pas la seule transnationale à opérer ce basculement et cela promet de grandes batailles à coup de millions de dollars pour le contrôle des marchés émergents
Pour des pays qui tentent, vaille que vaille, de s’insérer dans le commerce international, c’est le cas par exemple du Maroc ou de la Tunisie, le mouvement d’Unilever démontre qu’il est temps pour eux de commencer à regarder vers l’Est et le Sud plutôt que de tout miser sur les marchés européens et nord-américains, qui sont certes les plus solvables mais aussi les plus saturés et les plus limités en matière de potentiel de développement. C’est ce qui explique, entre autre, pourquoi de nombreux pays du Sud tentent aujourd’hui de signer des accords de libre-échange entre eux.
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Le Quotidien d'Oran, mercredi 05 mars 2008
Akram Belkaïd, Paris
La vie interne et la transformation continue des multinationales sont, sans conteste, une large source d’enseignements et peuvent même s’avérer bien plus instructives que nombre d’analyses géopolitiques. C’est le cas par exemple d’Unilever, ce géant de l’agroalimentaire et des produits de grande consommation dont chaque mouvement sur l’échiquier global ne passe jamais inaperçu. Il y a quelques jours, cette firme, présente sur les cinq continents, a annoncé que son conseil de direction ne comporterait plus de membre de nationalité britannique ou néerlandaise. L’annonce n’a rien d’anodin car c’est bien une page qui se tourne dans l’histoire de ce groupe dont les origines et la matrice sont anglo-hollandaise. En effet, c’est en 1930 que la société anglaise Lever – qui fabriquait alors des savons et des produits d’entretien – a fusionné avec Unie, qui, de son côté, fabriquait de la margarine aux Pays-Bas.
Internationalisation des dirigeants
Le fait qu’Unilever ne comptera plus parmi ses hauts dirigeants de membres ayant l’une de ses deux nationalités « originelles » confirme que les grandes multinationales deviennent peu à peu des transnationales, passant au-dessus des Etats et des drapeaux, et étant même capables – cela arrivera bien un jour - de s’acheter une terre pour en faire leur propre « pays ». Mais il n’y a pas que cette question de l’aspect hors-nationalité des grandes sociétés. Ce qu’il y a d’intéressant dans le cas Unilever, c’est que le nouveau conseil de direction comportera 7 membres, dont un français, trois américains et, surtout, deux indiens et un zimbabwéen. Voilà, représentée de manière concrète, une autre réalité de la mondialisation. Jusqu’à présent, on parlait beaucoup des cadres supérieurs qui passaient d’un continent à l’autre. Aujourd’hui, ceux sont les directions des grands groupes qui deviennent internationales. Il y a vingt ans, qui aurait pu prédire que l’un des patrons d’Unilever serait de nationalité indienne ? Et ce n’est qu’un début en attendant que Chinois, Vietnamiens ou Egyptiens ne rejoignent le cercle fermé des grands dirigeants d’entreprises globalisées.
Ces dernières sont-elles pour autant multiculturelles ? Le débat n’est pas tranché. Ce qui lie des Français, des Américains, des Indiens et un Zimbabwéen à la tête d’une grande entreprise comme Unilever, c’est avant tout le partage des mêmes conceptions de l’économie de marché et de la nécessité de rémunérer comme il se doit les actionnaires. Bref, la vision libérale de l’économie est le premier ciment qui peut unir ces hommes. Pour autant, même s’il a été éduqué dans les plus grandes écoles occidentales, un haut cadre indien n’aura jamais une vision exactement identique à celle de son homologue américain ou français. Du coup, la manière dont ces multinationales font cohabiter ces nationalités est donc à elle seule un vaste sujet d’étude dont la partie visible est le développement fulgurant des activités de conseil en environnement multiculturel.
Cap sur les pays émergents
L’autre annonce d’Unilever qui mérite d’être signalée, concerne sa décision de créer une grande division incluant non seulement l’Asie et l’Afrique mais aussi l’Europe de l’Est qui, jusque-là, était rattachée à la division d’Europe de l’Ouest. Cette réorganisation témoigne de la volonté d’Unilever d’axer ses efforts sur les pays émergents, là où les niveaux de consommation restent bien en deçà de ce qui existe dans les pays développés. Unilever n’est pas la seule transnationale à opérer ce basculement et cela promet de grandes batailles à coup de millions de dollars pour le contrôle des marchés émergents
Pour des pays qui tentent, vaille que vaille, de s’insérer dans le commerce international, c’est le cas par exemple du Maroc ou de la Tunisie, le mouvement d’Unilever démontre qu’il est temps pour eux de commencer à regarder vers l’Est et le Sud plutôt que de tout miser sur les marchés européens et nord-américains, qui sont certes les plus solvables mais aussi les plus saturés et les plus limités en matière de potentiel de développement. C’est ce qui explique, entre autre, pourquoi de nombreux pays du Sud tentent aujourd’hui de signer des accords de libre-échange entre eux.
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