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Le Quotidien d'Oran, mercredi 14 mai 2008
Akram Belkaïd, Paris
C’est, pourrait-on écrire, la rançon du succès. Alors que les perspectives pour les économies du Golfe paraissent radieuses, de nombreux grains de sable viennent gâcher un peu la fête. Commençons par les bonnes nouvelles. A ce jour, grâce à la flambée des cours du pétrole et à la diversification en cours de leurs économies, les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) devraient enregistrer une croissance moyenne de 6% en 2008. En début de semaine, le Fonds monétaire international (FMI) a d’ailleurs confirmé dans un rapport que la région n’est pas affectée par la crise des subprimes qui n’en finit pas d’ébranler le système financier mondial. Nouvelles usines, nouvelles villes, construction d’hôtels et de sites de loisir, installation de grandes écoles occidentales et méga-projets culturels à l’image du Louvre à Abou Dhabi, tout confirme que la région connaît un boom d’envergure.
Une politique monétaire limitée
Voilà pour le tableau d’honneur car, comme c’est souvent le cas, la médaille a un revers nommé inflation. C’est bien connu, quand une économie va bien, elle s’échauffe et les prix augmentent. Dans ces cas, la politique monétaire, qui agit sur les taux d’intérêts, est idéale pour piloter un refroidissement sans casser la croissance. Le problème pour les pays du Golfe est qu’ils n’ont pas les moyens de mener une véritable politique monétaire. D’abord, les Banques centrales de la région ne sont pas indépendantes et restent assujetties aux pouvoirs politiques. Ensuite, il y a le fait que les monnaies du CCG ont un lien fixe avec le dollar américain. Cela signifie que les Banques centrales du Golfe sont obligées d’aligner leurs politiques monétaires avec celle de la Réserve Fédérale. Ainsi, quand cette dernière baisse ses taux – ce qui fait plonger le dollar par rapport à d’autres devises – les institutions monétaires de la région sont obligées de l’imiter. Résultat, les dirham, rial et dinar plongent eux aussi et comme ils sont maintenus à des niveaux artificiellement bas – qui n’ont rien à voir avec la vigueur des économies de la région – cela aggrave l’inflation.
Pour le Fonds monétaire international (FMI), les pays du Golfe doivent apprendre à vivre avec l’inflation, cette dernière étant jugée inhérente à leur essor économique. Admettons. Mais il faut tout de même savoir que la hausse des prix va encore augmenter en moyenne de trois points cette année. Exemple : au Qatar, l’inflation, déjà record en 2007, devrait atteindre 16 à 17%. En Arabie Saoudite, où 70% de l’inflation est importée, la hausse des prix sur un an a atteint 9,6% en mars dernier soit un niveau record depuis les années 1970. Du coup, des voix se sont élevées pour que les monnaies de la région soient au moins réappréciées par rapport au dollar. L’intention est bonne mais cela risque désormais d’être insuffisant comme le démontre l’exemple du Koweït. L’émirat est le seul membre du CCG à avoir « osé » rompre le lien fixe entre sa monnaie et le billet vert. Cela n’a pas empêché l’inflation de pratiquement doubler en 2007 et d’atteindre 9,5% au début de l’année.
Les Emirats prennent le risque de la TVA
Pour Abul-Haleem Al-Muhaissen, directeur de la recherche et des études au sein de la fédération des chambres de commerce du CCG, « la réévaluation des monnaies du Golfe ou l’abandon du lien fixe avec le dollar ne pourra apaiser les tensions inflationnistes que si les pays concernés mettent en place des politiques monétaires réellement restrictives et qu’ils coupent dans les dépenses. » Langage classique d’économiste qui risque toutefois de n’avoir aucun écho notamment en ce qui concerne les dépenses publiques appelées à encore augmenter.
Reste la piste fiscale pour freiner l’inflation. Les Emirats arabes unis (EAU) viennent d’annoncer la création d’ici la fin de l’année d’une taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Un projet qui n’enchante guère les émiratis mais aussi les expatriés qui voient déjà leur cagnotte fondre comme neige au soleil. Certains cols blancs ont déjà plié bagages, attirés par d’autres zones de croissance comme l’Inde, tandis que les cols bleus ont de plus en plus tendance à user de la grève, y compris violente comme ce fut le cas la semaine dernière à Sharjah, pour réclamer des augmentations de salaires… lesquelles n’ont pour seul effet que d’aggraver l’inflation.
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L'essentiel des chroniques économiques publiées par le journaliste Akram Belkaïd, dans le Quotidien d'Oran (2008-...)
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16. Mondialisation et pouvoir d’achat
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Le Quotidien d'Oran, mercredi 30 avril 2008
Akram Belkaïd, Paris
Au cours des dernières années de nombreuses études ont démontré que la mondialisation avait un effet économique positif puisqu’elle a permis de contenir l’inflation ce mal qui hante depuis longtemps les nuits des banquiers centraux. Par quel mécanisme ce bouleversement en matière d’échanges commerciaux et de remodelage de la carte des productions industrielles a-t-il pu jouer un rôle désinflationniste ? Le raisonnement est très simple. Avec la mondialisation, frontières et droits de douane se sont effacés ce qui a permis la circulation de produits d’autant plus bon marché qu’ils étaient fabriqués dans des pays à faibles coûts de main-d’œuvre.
L'exemple par le "made in China"
Le meilleur exemple à citer pour bien comprendre cette évolution est bien entendu le « made in China ». Tous les consommateurs du monde entier, ou presque, ont bénéficié au cours de la dernière décennie des exportations chinoises. Jouets, électronique grand public, textiles, sont autant de secteurs où les prix ont été clairement tirés à la baisse ce qui a permis à la fois de limiter l’inflation mais aussi de démontrer que la mondialisation était bonne pour le pouvoir d’achat.
Cette dernière affirmation valait aussi pour les Chinois dont près de 200 millions – les projections les plus optimistes tablent sur 400 millions – ont été sauvés de la pauvreté extrême grâce justement au rôle pivot joué par leur pays dans la globalisation. En devenant l’atelier du monde, la Chine a donc rendu service à la planète tout en améliorant le sort de sa population. On peut ajouter aussi que c’est le « made in China » qui a soutenu l’économie mondiale car sans lui, il y a bien longtemps que se serait tassée la consommation américaine (cette dernière représente les deux tiers de l’économie des Etats-Unis laquelle est, rappelons, la première du monde). Si les ménages aux Etats-Unis ne rechignent pas à acheter deux ou trois lecteurs de DVD sans compter les multiples gadgets électroniques, c’est bien parce qu’ils sont le plus souvent fabriqués en Chine et vendus pour une poignée de dollars.
Il n’est pas question de remettre en cause ces conclusions mais il est temps de les relativiser car l’impact positif de la mondialisation sur le pouvoir d’achat a masqué d’autres phénomènes bien plus inquiétants. On connaît le premier : la mondialisation a certes offert des prix bas aux consommateurs mais elle a aussi détruit des emplois ce qui revient in fine à faire disparaître des consommateurs. Aux Etats-Unis, au moins cinq millions d’emplois ont été détruits depuis la fin des années 1990 en raison de la mise en place d’un accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique (Alena) mais aussi de l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Certes, une partie de ces emplois ont été remplacés mais les Américains y ont perdu au change puisque les postes détruits étaient le plus souvent bien mieux rémunérés. Et c’est là où intervient la seconde réserve majeure vis-à-vis de la mondialisation. Outre le fait qu’elle détruit des emplois dans de nombreux pays – notamment industrialisés – elle a comme conséquence de tirer les salaires vers le bas. En somme, le consommateur a peut-être la possibilité d’acheter des produits bon marché mais, dans le même temps, son porte-monnaie est moins garni.
Là aussi, on peut objecter que les salaires n’évoluent pas de la même manière selon que l’on soit dans un pays industrialisés ou dans un pays émergent. Il est vrai qu’ils ont tendance à augmenter en Chine mais, soyons clair, ils n’atteindront jamais l’équivalent des minima salariaux des pays riches. A l’inverse, le chantage à la délocalisation est désormais une réalité et cela explique pourquoi les salaires au sein de l’OCDE n’augmentent guère.
L'Algérie en marge de la mondialisation
Quant à l’Algérie, son cas est à part car elle est, quoique prétende la vulgate officielle, en marge de la mondialisation. Avec des recettes exclusivement tirées de la rente pétrolière et gazière, le pays ne subit aucune menace de délocalisation et les pays émergents ne sont guère des compétiteurs pour lui. Cela signifie que la réflexion autour de la redistribution de la manne des hydrocarbures restera toujours posée tant que le modèle économique algérien n’aura pas été remanié. Pour être clair, il est légitime pour la population algérienne de réclamer plus de pouvoir d’achat puisque ce n’est pas cela qui modifiera de manière notable la manière dont fonctionne l’économie.
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Le Quotidien d'Oran, mercredi 30 avril 2008
Akram Belkaïd, Paris
Au cours des dernières années de nombreuses études ont démontré que la mondialisation avait un effet économique positif puisqu’elle a permis de contenir l’inflation ce mal qui hante depuis longtemps les nuits des banquiers centraux. Par quel mécanisme ce bouleversement en matière d’échanges commerciaux et de remodelage de la carte des productions industrielles a-t-il pu jouer un rôle désinflationniste ? Le raisonnement est très simple. Avec la mondialisation, frontières et droits de douane se sont effacés ce qui a permis la circulation de produits d’autant plus bon marché qu’ils étaient fabriqués dans des pays à faibles coûts de main-d’œuvre.
L'exemple par le "made in China"
Le meilleur exemple à citer pour bien comprendre cette évolution est bien entendu le « made in China ». Tous les consommateurs du monde entier, ou presque, ont bénéficié au cours de la dernière décennie des exportations chinoises. Jouets, électronique grand public, textiles, sont autant de secteurs où les prix ont été clairement tirés à la baisse ce qui a permis à la fois de limiter l’inflation mais aussi de démontrer que la mondialisation était bonne pour le pouvoir d’achat.
Cette dernière affirmation valait aussi pour les Chinois dont près de 200 millions – les projections les plus optimistes tablent sur 400 millions – ont été sauvés de la pauvreté extrême grâce justement au rôle pivot joué par leur pays dans la globalisation. En devenant l’atelier du monde, la Chine a donc rendu service à la planète tout en améliorant le sort de sa population. On peut ajouter aussi que c’est le « made in China » qui a soutenu l’économie mondiale car sans lui, il y a bien longtemps que se serait tassée la consommation américaine (cette dernière représente les deux tiers de l’économie des Etats-Unis laquelle est, rappelons, la première du monde). Si les ménages aux Etats-Unis ne rechignent pas à acheter deux ou trois lecteurs de DVD sans compter les multiples gadgets électroniques, c’est bien parce qu’ils sont le plus souvent fabriqués en Chine et vendus pour une poignée de dollars.
Il n’est pas question de remettre en cause ces conclusions mais il est temps de les relativiser car l’impact positif de la mondialisation sur le pouvoir d’achat a masqué d’autres phénomènes bien plus inquiétants. On connaît le premier : la mondialisation a certes offert des prix bas aux consommateurs mais elle a aussi détruit des emplois ce qui revient in fine à faire disparaître des consommateurs. Aux Etats-Unis, au moins cinq millions d’emplois ont été détruits depuis la fin des années 1990 en raison de la mise en place d’un accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique (Alena) mais aussi de l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Certes, une partie de ces emplois ont été remplacés mais les Américains y ont perdu au change puisque les postes détruits étaient le plus souvent bien mieux rémunérés. Et c’est là où intervient la seconde réserve majeure vis-à-vis de la mondialisation. Outre le fait qu’elle détruit des emplois dans de nombreux pays – notamment industrialisés – elle a comme conséquence de tirer les salaires vers le bas. En somme, le consommateur a peut-être la possibilité d’acheter des produits bon marché mais, dans le même temps, son porte-monnaie est moins garni.
Là aussi, on peut objecter que les salaires n’évoluent pas de la même manière selon que l’on soit dans un pays industrialisés ou dans un pays émergent. Il est vrai qu’ils ont tendance à augmenter en Chine mais, soyons clair, ils n’atteindront jamais l’équivalent des minima salariaux des pays riches. A l’inverse, le chantage à la délocalisation est désormais une réalité et cela explique pourquoi les salaires au sein de l’OCDE n’augmentent guère.
L'Algérie en marge de la mondialisation
Quant à l’Algérie, son cas est à part car elle est, quoique prétende la vulgate officielle, en marge de la mondialisation. Avec des recettes exclusivement tirées de la rente pétrolière et gazière, le pays ne subit aucune menace de délocalisation et les pays émergents ne sont guère des compétiteurs pour lui. Cela signifie que la réflexion autour de la redistribution de la manne des hydrocarbures restera toujours posée tant que le modèle économique algérien n’aura pas été remanié. Pour être clair, il est légitime pour la population algérienne de réclamer plus de pouvoir d’achat puisque ce n’est pas cela qui modifiera de manière notable la manière dont fonctionne l’économie.
04. Les pays du Golfe, l’inflation forte et le dollar faible
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Le Quotidien d'Oran, mercredi 6 février 2008
Akram Belkaïd, Paris
Dans les pays du Golfe, il n'y a pas que les torchères qui flambent... Depuis deux ans, les prix s'emballent et les gouvernements s'interrogent sur la manière de juguler l’inflation. Cette dernière a ainsi provoqué les protestations des Oulémas en Arabie Saoudite, obligé le Sultan d’Oman à réclamer des explications à son gouvernement et poussé le gouvernement fédéral des Emirats arabes unis à augmenter le salaire mensuel de ses fonctionnaires de 70% à partir du 1er janvier dernier. Il faut dire que les chiffres sont impressionnants.
Alors qu'elle oscillait entre 2 et 3% au début des années 2000, la hausse du coût de la vie a atteint un record historique au Qatar en 2007 avec un taux de +12,2% (contre +6,8% en 2004). La situation est identique aux Emirats où la hausse des prix a été de +10% en 2007. Là aussi, ce chiffre est un record. En Arabie Saoudite, l'inflation en 2007 a dépassé les 6% soit un peu moins que dans le Sultanat d'Oman (7%).
Les causes et la manière de résoudre ce problème inflationniste font l'objet d'un véritable débat au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Lorsque des économies sont en plein boom, comme c’est le cas dans la région, il est normal que les prix augmentent. C'est d'autant plus vrai que, dans le Golfe, les hydrocarbures ne sont plus les seuls moteurs de la croissance et que l'industrie, la construction et le tourisme alimentent eux aussi la surchauffe. Pour autant, ceci n’explique pas totalement l’aggravation de la situation sur le front des prix.
D’où vient donc cette inflation ? Elle est le résultat d’un système et d’une conjoncture. Le système se matérialise par le lien fixe – on dit aussi un « peg » - qui existe entre six des sept monnaies du Golfe et le dollar américain. Seul le Koweït, qui a supprimé le peg avec le billet vert en 2007, fixe la valeur de sa monnaie en fonction d’un panier de devises (où le dollar garde toutefois une part prépondérante estimée à 70%). La conjoncture se traduit quant à elle par la chute continue du dollar.
Le mécanisme est simple. Quand le dollar s’affaiblit, les monnaies du Golfe s’affaiblissent automatiquement. Et comme les pays de la région sont de nets importateurs, notamment de produits alimentaires, cela signifie qu’ils importent de l’inflation. En effet, avoir une monnaie faible est idéal pour un exportateur – qui est ainsi compétitif sur les marchés mondiaux – mais c’est un gros souci pour un pays qui importe ses besoins de l’étranger. Dans le cas des pays du Golfe, la parade paraît évidente. Il suffirait que leurs Banques centrales et ministères des finances décident de modifier ou de supprimer le taux fixe qui lie leurs devises au dollar afin de les rendre plus fortes (selon les calculs de Merrill Lynch, le dirham des Emirats serait par exemple 30% sous-évalué par rapport au billet vert). De fait, rendre la monnaie plus forte revient à mieux se protéger contre l’inflation (l’hyperinflation qui a traumatisé l’Allemagne au début du XX° siècle explique pourquoi ce pays et ses institutions financières défendent âprement l’euro fort comme ils défendaient hier le mark fort).
Mais, contrairement au Koweït, les autres monarchies du Golfe hésitent à franchir le pas de la réévaluation. Trois raisons majeures expliquent cette réticence. En premier lieu, il y a la volonté, pour des pays alliés des Etats-Unis, de ne pas provoquer un effondrement plus marqué de la devise américaine. Ensuite, réévaluer sa monnaie vis-à-vis du dollar, revient, pour Ryadh, Abou Dhabi ou Doha à diminuer la valeur de leurs propres recettes pétrolières et, surtout, de leurs avoirs financiers qui sont libellés en billets verts. On s’en doute, faire fondre la valeur de son compte en banque pour lutter contre l’inflation n’est pas une décision aisée. Enfin, le « peg » entre rial, dirham, dinar, d’une part et dollar, d’autre part, est souvent présenté comme un gage de crédibilité qui évite les attaques spéculatives contre les monnaies du Golfe.
On le voit, le dilemme est important mais face à une inflation que rien ne semble contenir, 2008 pourrait bien voir l’Arabie Saoudite, les Emirats, Bahreïn, le Qatar et Oman décider, de manière conjointe ou non, une réévaluation, même modeste, de leurs monnaies.
Le Quotidien d'Oran, mercredi 6 février 2008
Akram Belkaïd, Paris
Dans les pays du Golfe, il n'y a pas que les torchères qui flambent... Depuis deux ans, les prix s'emballent et les gouvernements s'interrogent sur la manière de juguler l’inflation. Cette dernière a ainsi provoqué les protestations des Oulémas en Arabie Saoudite, obligé le Sultan d’Oman à réclamer des explications à son gouvernement et poussé le gouvernement fédéral des Emirats arabes unis à augmenter le salaire mensuel de ses fonctionnaires de 70% à partir du 1er janvier dernier. Il faut dire que les chiffres sont impressionnants.
Alors qu'elle oscillait entre 2 et 3% au début des années 2000, la hausse du coût de la vie a atteint un record historique au Qatar en 2007 avec un taux de +12,2% (contre +6,8% en 2004). La situation est identique aux Emirats où la hausse des prix a été de +10% en 2007. Là aussi, ce chiffre est un record. En Arabie Saoudite, l'inflation en 2007 a dépassé les 6% soit un peu moins que dans le Sultanat d'Oman (7%).
Les causes et la manière de résoudre ce problème inflationniste font l'objet d'un véritable débat au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Lorsque des économies sont en plein boom, comme c’est le cas dans la région, il est normal que les prix augmentent. C'est d'autant plus vrai que, dans le Golfe, les hydrocarbures ne sont plus les seuls moteurs de la croissance et que l'industrie, la construction et le tourisme alimentent eux aussi la surchauffe. Pour autant, ceci n’explique pas totalement l’aggravation de la situation sur le front des prix.
D’où vient donc cette inflation ? Elle est le résultat d’un système et d’une conjoncture. Le système se matérialise par le lien fixe – on dit aussi un « peg » - qui existe entre six des sept monnaies du Golfe et le dollar américain. Seul le Koweït, qui a supprimé le peg avec le billet vert en 2007, fixe la valeur de sa monnaie en fonction d’un panier de devises (où le dollar garde toutefois une part prépondérante estimée à 70%). La conjoncture se traduit quant à elle par la chute continue du dollar.
Le mécanisme est simple. Quand le dollar s’affaiblit, les monnaies du Golfe s’affaiblissent automatiquement. Et comme les pays de la région sont de nets importateurs, notamment de produits alimentaires, cela signifie qu’ils importent de l’inflation. En effet, avoir une monnaie faible est idéal pour un exportateur – qui est ainsi compétitif sur les marchés mondiaux – mais c’est un gros souci pour un pays qui importe ses besoins de l’étranger. Dans le cas des pays du Golfe, la parade paraît évidente. Il suffirait que leurs Banques centrales et ministères des finances décident de modifier ou de supprimer le taux fixe qui lie leurs devises au dollar afin de les rendre plus fortes (selon les calculs de Merrill Lynch, le dirham des Emirats serait par exemple 30% sous-évalué par rapport au billet vert). De fait, rendre la monnaie plus forte revient à mieux se protéger contre l’inflation (l’hyperinflation qui a traumatisé l’Allemagne au début du XX° siècle explique pourquoi ce pays et ses institutions financières défendent âprement l’euro fort comme ils défendaient hier le mark fort).
Mais, contrairement au Koweït, les autres monarchies du Golfe hésitent à franchir le pas de la réévaluation. Trois raisons majeures expliquent cette réticence. En premier lieu, il y a la volonté, pour des pays alliés des Etats-Unis, de ne pas provoquer un effondrement plus marqué de la devise américaine. Ensuite, réévaluer sa monnaie vis-à-vis du dollar, revient, pour Ryadh, Abou Dhabi ou Doha à diminuer la valeur de leurs propres recettes pétrolières et, surtout, de leurs avoirs financiers qui sont libellés en billets verts. On s’en doute, faire fondre la valeur de son compte en banque pour lutter contre l’inflation n’est pas une décision aisée. Enfin, le « peg » entre rial, dirham, dinar, d’une part et dollar, d’autre part, est souvent présenté comme un gage de crédibilité qui évite les attaques spéculatives contre les monnaies du Golfe.
On le voit, le dilemme est important mais face à une inflation que rien ne semble contenir, 2008 pourrait bien voir l’Arabie Saoudite, les Emirats, Bahreïn, le Qatar et Oman décider, de manière conjointe ou non, une réévaluation, même modeste, de leurs monnaies.
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